jeudi 4 mars 2010

Quatrième texte du jeu littéraire

Chaque mois d'avril de chaque année, la peintre qui sommeillait en moi durant l'hiver se réveillait brusquement. Je prenais alors inexorablement le chemin de Giverny. Mon chevalet, mes toiles vierges, mes pinceaux, mon éventail de couleurs en tubes m'accompagnaient à chaque fois dans ma sortie de printemps favorite, qui comme un déclic, marquait à coup sûr la fin de ma période d'hibernation morale.
La maison de Monet et ses jardins regorgeant de fleurs étaient pour moi une source intarissable d'inspiration. Les senteurs délicates, l'agencement des massifs fleuris ainsi que l'étang aux nymphéas faisaient éclore en moi des milliers d'idées créatives. Les heures durant lesquelles je peignais me semblaient hors du temps, elles représentaient un moment de détente, un moment pendant lequel je laissais exprimer les couleurs qui habitaient mon âme.
Mon endroit préféré pour peindre se situait dans l'allée centrale du Clos Normand, j'affectionnais particulièrement le petit pont japonnais vert que Monet avait fait bâtir pour agrémenter le jardin d'eau.
Je venais de planter mon chevalet au milieu de d'une allée de façon à avoir une jolie vue en perspective du pont quand je m'aperçus qu'un artiste d'un autre genre m'observait.
Affublé d'un appareil photo numérique, il ne mitraillait pas la zone mais semblait choisir ses clichés avec soin, jouant entre l'ombre et la lumière avec les reflets aquatiques. Visiblement, il ne s'agissait pas d'un touriste qui photographiait des paysages en amateur ...
Je me sentais malgré tout épiée, je compris bien vite que régulièrement l'objectif de l'appareil se dirigeait dans ma direction. L'homme jouait à me photographier ... j'allais jouer à le peindre et pourquoi pas lui offrir la toile tiens ! Je le fixai de loin mais grâce au zoom de son appareil, il put déchiffrer sur mon visage un sourire qui disait : ce midi j'ai choisi de sortir ma palette de couleurs et de vous offrir le ciel ! C'était la fête au-dessus de ma tête, pour la première fois, j'allais peindre pour un inconnu et ma foi, cela créa chez moi une joie inattendue.
Tandis que j'étendais les couleurs sur la toile, je songeais qu'il me scrutait avec l'oeil de Monet quand il avait peint la Femme à l'ombrelle, je représentais une énigme vivante dont il tentait par de percer les secrets ... Voilà une tâche bien ardue, je me demandais lequel des deux arriveraient à en apprendre le plus sur l'autre par le jeu de l'observation ...
Tard dans l'après-midi, je terminai mon tableau. Je décidai alors d'aller le déposer sur le pont japonnais, je savais que le photographe mystérieux n'était pas parti et qu'il irait récupérer le joli souvenir coloré que j'avais peint à son intention ...

9 commentaires:

Anonyme a dit…

génial cette idée de giverny... j'ai toujours rêver d'aller visiter un jour les nénuf de monet..... et va savoir.... d'apercevoir cette ombre légère armée de pinceaux et de brosses qui effleurent sa toile....

merveilleux voyages, merveilleux nuages !

bravo pour cette invitation en couleur /
bises bleues

Virginie a dit…

Oui alors super idée !
Moi aussi Monet et Giverny m'ont inspiré des billets...
Tu es déjà allé là-bas ?
Moi plusieurs fois, mais hélas à chaque fois un peu trop de monde à mon gôut...
J'aime bien ton personnage de Tueuse, mais tes nouveaux textes me plaisent tout autant, sinon plus...

Par contre, c'est le Lundi que la maison reçoit les peintres et il faut être dans les papiers de la conservatrice pour y accéder !
Delerm avait décrit joliment cela dans un de ses livres, mais bon il est connu, donc il y a accés...
Très, très joli Sco', Bravo !!!!

Anonyme a dit…

j'adore ce rythme dans la phrase,
c'est comme de la poésie :
"pour la première fois,
j'allais peindre pour un inconnu et ma foi,
cela créa chez moi une joie inattendue"

Bravo ton style mérite vraiment d'être connu...!

Dame Sco' a dit…

Patrick-Lucas : je suis ravie que le texte te plaise. Tu peux toujours écrire une suite si tu veux et je la publierai ici.

Bises couleurs d'arc-en-ciel !


Virginie : Et non je ne suis jamais allée à Giverny alors que ce n'est qu'à une centaine de km de chez moi. Il faut dire que peu de personnes de mon entourage apprécient assez les fleurs et les tableaux pour venir avec moi alors ...
Merci pour tes gentils compliments.
Bises à toi.

Patrick-Lucas : tu vois j'ai fait de la poésie sans même m'en rendre compte. Merci de me l'avoir fait remarquer.
Pour le style qui mérite d'être connu, espérons que je tomberai sur un éditeur sympa qui voudra bien publier mon livre. On croise les doigts !

Rackham Le Rouge a dit…

Tout à fait d'accord avec Patrick, tes rythmes de mots, de phrasés, des sons suggérés en phonétiques sont magnifiques et caractérisent ton écriture...

Pour moi, c'est ça écrire !!
Bravo Sco...

Besos

Dame Sco' a dit…

Jack : c'est toi le professionnel, j'accepte donc le compliment avec joie !
Vous allez rire tous autant que vous êtes mais les effets de style, je ne les fais même pas exprès, ça vient tout seul sans que je prémédite quoi que ce soit.
Je vais finir par penser que je suis douée finalement !! héhéhé !!!
Bises capitaine.

Rackham Le Rouge a dit…

Ben justement, c'est parce que tu le fais pas exprès que c'est bien fait...C'est ça le talent !

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Rackam.. lol trop fort

Dame Sco' a dit…

Jack et Patrick : Merci les garçons, vous êtes trop gentils !!! Bises à tous les deux !!!