mercredi 10 mars 2010

Suite nénupharesque !

Sitôt que j'eus tourné les talons et me fus éloignée dans le jardin avec tout mon attirail de peintre sous le bras, l'homme se précipita vers le pont.
Il pressait le pas de peur que quelqu'un ne le devance et ne lui prenne la toile qui lui était destinée. Il s'en empara aussi rapidement qu'un voleur hâtif de mettre son butin à l'ombre.
Le photographe avait bien compris mon manège comme j'avais compris le sien.
Aussi ne fut-il pas étonné de se voir représenté debout sur le pont vert dominant les nénuphars, un appareil photo cachant son visage .... mais de sa silhouette élancée, il s'aperçut bien vite que mon oeil aiguisé de peintre n'avait perdu aucun détail physique le concernant.
L'essentiel était représenté : la chevelure plutôt foncée, la chemise blanche, le pantalon de lin beige jusqu'à la montre métallique à son poignet gauche dont le cadran jouait avec le soleil. Le seul détail manquant résidait dans l'expression du visage et la couleur des yeux, histoire de garder une part de mystère sans doute ... Omettre ces éléments laissait la porte ouverte à un imaginaire fertile comme le mien : un homme sans âge que je devinais plutôt beau, sorti de nulle part et qui s'amusait à photographier une peintre, cela n'avait rien d'ordinaire ... Donc, à modèle hors du commun, toile originale, cela allait de soi ...
L'homme analysa rapidement la toile et fut saisi d'un sentiment d'urgence. Il fallait qu'il sache qui elle était avant qu'elle ne reparte vers d'autres horizons inconnus. Le photographe retraversa tout le jardin en courant presque avec son tableau à la main. Il se dirigea sans hésiter vers le bureau de la conservatrice du musée Monet ... peut-être saurait-elle qui était la femme dont il n'avait cessé de prendre des clichés toute la journée.
D'ailleurs pourquoi s'était-il obstiné à fixer son image sous toutes les coutures ?!
A vrai dire, il n'en savait strictement rien et ne voulait surtout pas se hasarder à se poser des questions. Tout ce qu'il souhaitait c'était savoir où la retrouver ...

A suivre ...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

whouaaaa !!! quel talent et quelles troublantes précisions...! jusqu'aux détails de la montre :-)
... et si la couleur des yeux se fondait dans la toile...?

douce nuit à vous, bises

Dame Sco' a dit…

Patrick-Lucas : donc si la couleur se fond dans la toile, j'en déduis que les yeux pourraient être bleus ou verts ... Suis-je sur la bonne voie docteur Watson ??

Agréable journée à toi. Bises aussi.

Rackham Le Rouge a dit…

Ah, ton écriture Sco, de mieux en mieux...

La voix de l'âme, cette écriture.
Mais l'autre, la vraie est pas mal non plus ^^

Besos l'amie !
Jack

Dame Sco' a dit…

Jack : merci à toi et au plaisir de faire la causette ! :)
Bises capitaine !

Lancelot a dit…

l'homme qui prend en photo la femme qui le peint... Troublante "mise en abîme"...

Dame Sco' a dit…

Lancelot : en effet ... troublant est le mot qui convient à la situation ...