Je décidai de me poster au milieu du pont sous un réverbère mais il m'avait devancé, il était déjà là depuis un moment à la place que je voulais occuper. Je m'approchai d'un pas assuré vers l'inconnu qui m'avait donné rendez-vous, je n'étais pas du genre à me laisser intimider par des procédés étranges. J'étais partie armée, je ne savais pas vraiment à quoi m'en tenir avec R., mieux valait être prudente.
La lumière de l'éclairage public donnait un reflet flamboyant à ses cheveux bronze doré, il tourna la tête à mon approche et je vis ses prunelles noires comme l'onyx. Je ressentis un frisson qui me secoua des pieds à la tête, R. avait quelquechose de fascinant dans son regard mais sur le moment, j'étais incapable de dire à quoi cela était dû. Je repris mes esprits et allai me poster à sa droite, accoudée au pont et regardant le fleuve, j'attendais qu'il entame la conversation.
- Bonsoir Dame Scoffield. Sa voix était douce comme du miel, je ne m'attendais pas à cela et j'avoue avoir été légèrement décontenancée.
- Bonsoir monsieur R.
- Appelez-moi Raphaël ce sera plus pratique pour vous. Il souriait.
- Vous souhaitez donc me confier un travail, de quoi s'agit-il ?
- Avant de parler de cela, je tiens à m'excuser de la façon dont j'ai pris contact avec vous, mais vous avez la réputation d'être redoutable dans vos activités alors j'ai opté pour un moyen peu conventionnel afin d'attirer votre attention.
- En effet, j'ai été assez mécontente d'avoir un viseur pointé sur moi à la soirée chez maître Dubaro, vous avez de la chance qu'il y ait eu une centaine de personnes sinon vous auriez reçu une balle entre les deux yeux. Maintenant venez en aux faits.
Cette façon de cultiver le mystère et ses manières commençaient à m'exaspérer de plus en plus mais je ne montrai rien.
- Bien, sachez d'abord que nous avons un point en commun qui fait que c'est vous et personne d'autre que j'ai choisi pour cette mission. Je veux que vous éliminiez Don Roberto.
Il avait lâché cette phrase comme il m'aurait demandé l'heure, une telle froideur était déconcertante et tranchait de façon nette avec le sourire qu'il avait sur les lèvres deux minutes auparavant.
- C'est une blague ! Vous me demandez d'éliminer l'homme qui m'a recueillie quand j'étais adolescente, l'homme qui est devenu mon beau-père après que j'ai épousé son fils aîné. Raphaël vous dérayez !
- Non pas le moins du monde Dame Sco', quand j'ai dit que nous avions un point en commun c'est là que réside la motivation qui pourrait vous faire accepter ce travail.
- Votre argument a intérêt à être solide.
- Il est imparable ... Don Roberto a fait tuer vos parents comme il a éliminé les miens.
J'étais atterrée, tout ceci ne ressemblait qu'à un tissu de mensonges, comment cela pouvait-il être vrai ?
- Alors là je pensais que vous étiez dérangé à cause de votre prise de contact atypique mais là vous dépassez les bornes. Je ne vous écoute plus, je m'en vais. Trouvez vous un autre pigeon !
Je fulminais, dans une colère noire, j'aurais tout démoli sur mon passage y compris lui.
- Vous ne me croyez pas, c'est bien ce que je pensais ... mais j'ai des preuves. Il gardait un calme olympien.
- Allons bon, faîtes voir ça que je rigole de votre supercherie avant que je vous élimine pour m'avoir fait perdre mon temps !
Il sortit une grande enveloppe kraft et me la tendit. Je m'emparai de celle-ci et en sortîs des photos ... Sur l'une d'elle, on voyait nettement Don Roberto qui pointait une arme sur mes parents. Sur la photo suivante, j'assistai à la fin de mon père et de ma mère. Il n'y avait que des têtes ensanglantées et on y voyait Don Roberto en train de tirer les balles qui achèveraient le couple déjà à terre.
Tout à coup, je perdîs l'équilibre, ma vue se brouilla, mon cerveau ne recevait plus d'informations, j'étais déconnectée de la réalité.
J'entendis dans un bourdonnement Raphaël qui me demandait si ça allait, tout tanguait autour de moi et puis plus rien, tout devînt noir...
A suivre ...