vendredi 30 avril 2010

Promenade nocturne

Je ressortis des urgences trois heures après y être entrée, j'en étais quitte pour une ordonnance de paracétamol et une injonction de dormir au moins un tour de cadran d'affilée pour évacuer le choc post-traumatique... Mais bien sûr ... comme si j'avais l'habitude de dormir douze heures d'un coup ... Ces derniers temps, depuis la mort de Gabriel, si je fermais les yeux durant six bonnes heures, c'était le maximum que je pouvais faire.
J'appelai Claire pour la rassurer en attendant le taxi qui devait me ramener chez moi. Si j'avais poussé le vice, j'aurais même pu rendre une petite visite de "courtoisie" à Olivier histoire de débrancher un ou deux tubes ... Il se trouvait dans le même hôpital que moi, mais je ne voulais pas lui faire ce plaisir et puis les heures de visite étaient largement terminées depuis longtemps. Rien que d'imaginer son regard ravagé et suffisant, un frisson me parcourut l'échine. Je chassai alors bien vite l'option âme charitable de mon esprit. Je choisis donc de patienter tranquillement jusqu'à l'arrivée de mon chauffeur sur un banc qui se trouvait près de la borne de taxi.
A ce moment là, un coupé Audi TT gris métallisé tourna le coin de la rue et vint s'arrêter à ma hauteur.
Un nouveau frisson me parcourut, ma robe du soir n'était pas faite pour me tenir chaud en cette fraîche soirée de printemps. Cependant, ce n'était pas de froid que je tremblais, mais plutôt de frousse ... j'accumulais effectivement les ennuis ces derniers temps. La vitre côté passager s'abaissa. Je vis apparaître le visage de Rodolphe. Il affichait un sourire en coin assez irrésistible mais une part de moi était terrifiée par l'aura de ce garçon, quelque chose me disait intérieurement que j'aurais dû fuir sur le champ. Mais l'attrait du danger qu'il représentait, était en même temps tellement grisante ... J'étais partagée entre mon instinct de conservation et l'attraction qu'il exerçait sur moi.
Cette dernière l'emporta sur le reste quand il me proposa de me reconduire à la maison. Je me trouvai une raison valable en me disant que j'économiserais ainsi le prix du taxi.
Nul besoin de lui indiquer l'itinéraire, il semblait le connaître par coeur.
Rodolphe rompit le silence le premier.
— Alors, tout va bien, l'hôpital vous a déclaré apte au service ? demanda-t-il dans un demi-sourire.
La blancheur de ses mains se reflétait dans le pare-brise. Je me demandais si son corps était aussi froid que sa peau était blanche ...
— Oui, tout va bien, je suis en parfait état ... mais il y a un mystère que je n'arrive pas à élucider.
— Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
— Et bien ce qui s'est passé tout à l'heure pour commencer. Je vous ai vu dans une loge et la seconde d'après, j'étais avec vous dans les coulisses ... C'est à n'y rien comprendre. Comment avez-vous fait pour arriver aussi vite ?
— Mais Stella, j'étais dans les coulisses depuis le début, dit-il en haussant les épaules.
— Vous mentez, je vous ai vu, j'en suis certaine, vous étiez à ce balcon, sur le côté gauche de la scène.
Rodolphe se raidit.
— Le choc a sûrement été plus grand que ce que je pensais, vous avez dû vous cogner la tête.
Je commençai à me mettre en colère, je savais tout de même ce que j'avais vu.
— C'est encore un de vos tours de passe-passe ! Allez-vous enfin me dire qui vous êtes ? Ou plutôt ce que vous êtes ?
— Je ne suis pas recommandable ... d'ailleurs, je devrais éviter de vous fréquenter, ce serait beaucoup plus sage pour vous.
— Voilà qui m'éclaire ! Vous vous baladez chez moi au gré de vos envies et vous m'avez sauvé la vie, je suis en droit de savoir non ??
Rodolphe réfléchit quelques instants et poussa un long soupir. Son regard se posa sur moi avec intensité.
— Il ne vaudrait mieux pas que vous sachiez ... mais vous allez chercher des réponses tant que je ne vous aurai rien dit n'est-ce pas ?
— Il y a de fortes chances pour que ça se passe ainsi en effet, répliquai-je acide.
— La prochaine fois alors. Vous êtes fatiguée et vous avez besoin d'avoir les idées claires à propos de ce que je vais vous révéler.
— Vous ne vous défilerez pas ? insistai-je.
— Non, c'est promis.
Je venais de me rendre compte que la voiture s'était arrêtée devant la porte de mon immeuble. Voyant que je ne bougeais pas, il reprit.
— Vous feriez mieux d'y aller.
Je hochai la tête et sortis du véhicule. Mes jambes avaient du mal à me porter, heureusement, j'atteignis la porte cochère sans m'étaler sur le trottoir.
La vitre côté passager s'ouvrit à nouveau.
— Une dernière chose, comme je dois m'absenter un certain temps ... ce serait parfait si vous évitiez de vous mettre en danger dans les prochains jours, précisa-t-il.
— C'est ça, j'éviterai de passer sous un échafaudage !
— Ne plaisantez pas, je suis sérieux, tout le monde ne vous veut pas que du bien ...
Avant que j'ai pu rétorquer quoique ce soit, il avait déjà filé et me laissait avec une interrogation de plus.


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7 commentaires:

ysa a dit…

Roooo mais c'est le grand mystère.... c'est qui ce Rodolphe ? je pensais à une sorte d'esprit, de fantôme mais les fantômes ne conduisent pas n'est ce pas ?

Karleman a dit…

La pauvre ! Le ciel lui en veut ? ou l'enfer ?
Attendons la suite...
Bises et bonne soirée

Dame Sco' a dit…

Ysa : t'imagines un fantôme conduire un coupé audi avec un boulet au pied toi ?? Impossible ! Donc si ce n'est pas un fantôme c'est un ... ??
Bises à toi.


Karleman : et oui comme quoi, la vie d'artiste n'est pas de repos tous les jours !
Biz :)

Anonyme a dit…

mais c'est qui ce type qui apparaît en disant qu'il ne devrait pas et qu'il vaut mieux ne pas savoir... c'est un malade vicieux ou un manipulateur...
et cette Stella qui n'écoute jamais sa première idée (pourtant souvent c'est la meilleure)...

il est temps d'en savoir un peu plus en effet !!

mais bravo tu fais bien monter la pression
... il va falloir que les révélations soient à la hauteur de l'attente... chère DS !

Bisous du soir
(il aurait pu choisir plus classe que l'audi TT, un ange ça a les moyens...! une galibier par exemple pour la passion d'une légende...)

(astcruf)

Dame Sco' a dit…

Patrick : ni vicieux, ni
manipulateur ... c'est pire !

Pour la voiture, mieux vaut rester discret, Rodolphe n'est pas adepte des véhicules ostentatoires ...
Et puis je te rappelle que je suis une fille et que par définition je ne connais pas tous les modèles de voitures chics qui peuvent circuler, c'est un truc de mecs ça !

Bonne journée à toi. Bisous.

Anonyme a dit…

mdr /// même pas peur !!
kiss
(reardipe)

Dame Sco' a dit…

Patrick : ne joue pas la provocation, on ne sait jamais ce qui peut arriver ... :) Kiss too.