samedi 8 mai 2010

Le pourquoi du comment ...

L'air s'était rafraîchi, j'invitai alors Rodolphe à entrer dans la maison même si je savais qu'il aurait pu se passer de mon accord s'il avait voulu se mettre au chaud depuis un moment. Les éléments extérieurs semblaient n'avoir aucune prise sur lui, il paraissait à des kilomètres de là, perdu et torturé dans ses pensées.
Il me suivit, son pas ne faisait aucun bruit sur la terrasse en bois. Je m'écartai du passage pour le laisser entrer par la porte-fenêtre. L'atmosphère était oppressante. Le regard de Rodolphe était dur, il avait érigé une sorte de barrière tout autour de lui, un mur invisible qui l'enfermait dans la tourmente.
Le feu de cheminée que j'avais allumé avant de partir en promenade crépitait toujours, je rajoutai une bûche dans le foyer avant d'aller prendre place à côté de lui sur le canapé. Seule la lueur du feu servait d'éclairage dans le salon, la nuit était à présent tombée au dehors, sombre et froide.
Je me décidai à rompre le silence, cette attente devenait intolérable.
— Comment avez-vous su que j'étais là ? hasardai-je.
— Je sais pratiquement tout ce qui vous concerne ... et c'est d'ailleurs l'objet de ma visite ... il est temps de parler, Stella. Vous retrouver n'est qu'un détail parmi tant d'autres.
Je le fixai avec de yeux ronds comme des soucoupes. Je m'enfonçai dans le sofa en serrant un coussin contre moi.
— Je vous écoute, chuchotai-je.
— Stella, je vous connais depuis tellement longtemps, j'étais ce que l'on appelle un "gardien".
Mon cerveau pensa à gardien d'immeuble, gardien de nuit, de zoo, de musée ... mais je savais pertinemment que j'étais loin du compte. Je le laissai poursuivre sans l'interrompre.
— Ma mission a été jusqu'à un certain nombre de mois de veiller sur vous, jusqu'à ce qu'il se produise un évènement qui a tout bouleversé.
Je sentis un frisson me parcourir de la tête aux pieds. Rodolphe leva ses prunelles dorées vers moi, les flammes se reflétaient dans ses yeux, elles dansaient au son de ses paroles. Il poussa un long soupir pour se donner du courage, avouer la vérité lui semblait très pénible.
— Il y a un peu plus d'un an le Patron là-haut, dit-il en levant l'index vers le plafond, a ouvert quelques vieux dossiers et s'est aperçu que certains individus considérés comme des erreurs de la nature n'avaient pas encore été éradiqués. Tous les gardiens chargés de protéger ces personnes ont été prévenus qu'il fallait les signaler aux destructeurs afin de résoudre le problème...
— Fais-je partie de cette liste ? demandai-je dans un spasme qui me fit trembler comme une feuille.
— Oui, souffla-t-il.
— Et que reproche-t-on au juste à ces personnes ?
J'avais envie de m'enfuir et de ne plus rien savoir mais j'avais l'impression d'avoir des kilos de plomb au bout des pieds qui m'empêchaient de me lever.
— D'être des descendants de néphilims, des descendants issus des amours interdites entre des anges déchus et des humaines.
Je déglutis bruyamment.
— Et qu'avez-vous fait ? l'interrogeai-je.
— J'ai transgressé les ordres, je ne vous ai pas dénoncé pour vous sauver mais j'ai fait pire pour couvrir mes arrières et pouvoir continuer de vous protéger.
Il me fixa longuement avant de poursuivre.
— J'ai donné un autre nom à la place du votre, quelqu'un de méprisable qui ne méritait que d'en finir.
Je tâchai de digérer l'information.
— Que s'est-il passé ?
— Tout d'abord les destructeurs n'y ont vu que du feu, la victime que j'avais désignée a été éliminée, mais le Patron s'est rendu compte de mon stratagème quelques temps plus tard. Et on m'a arraché les ailes ...
— Vous venez de me dire que vous avez préféré la déchéance au fait d'exécuter votre mission et de me voir mourir ? C'est bien ça ?
J'étais interloqué, tout cela dépassait l'entendement.
— Oui c'est bien ce qui s'est produit. Mais il y a un détail que vous ignorez et qui est sans doute le plus terrible pour vous...
Je tentais de rassembler les quelques neurones qui me restaient.
— La personne que j'ai désignée à votre place ... c'était Gabriel.
Horrifiée, le sang bouillonna dans tout mon corps. Je me levai d'un bond en hurlant et en rouant Rodolphe de coups, ce qui ne semblait pas avoir grand effet sur lui ...
Au bout de quelques minutes, je me laissai tomber à genoux sur le sol, les larmes dégoulinaient sur mes joues, je maudissais le ciel, l'enfer et surtout ... Rodolphe.
— Mais pourquoi lui ? vociférai-je.
Rodolphe réfléchit quelques secondes, prit une grande inspiration et cracha son venin.
— Il n'était pas honnête avec vous, il menait une double vie. Il avait une maîtresse depuis plusieurs mois et piochait dans vos économies pour couvrir sa belle de cadeaux. Je sais que ça va sans doute vous paraître un bien piètre motif pour envoyer quelqu'un à la mort, mais il ne vous aimait pas autant qu'il le disait, il vous mentait à longueur de temps. J'étais observateur de ce phénomène et oui je l'avoue, j'ai préféré lui donner la mort par procuration plutôt que de vous perdre.
Croyez bien que je me sens misérable mais je ne regrette pas mon geste, s'il fallait recommencer, je le referais sans hésiter.
— Dehors !!!!!  Partez, je ne veux plus vous voir, fichez le camp espèce de monstre !!!!!! hurlai-je avant de m'écraser presque agonisante sur le tapis du salon.

Rodolphe quitta la maison, le coeur lourd, ce qu'il avait prévu depuis le départ se réalisait. Stella le haïssait, elle aurait sans doute préféré mourir à la place de celui qu'elle aimait même si ce dernier était une ordure. Il espérait sincèrement qu'elle reviendrait à la raison tôt ou tard et qu'elle cesserait de le détester ... un peu ...


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7 commentaires:

Karleman a dit…

Quel rebondissement !
Dans un sens, Rodolphe a fait son job d'ange gardien. Il me fait penser à quelqu'un...
Par amour, il s'est fait déchoir par Dieu (enfin, je crois).
Et à présent, il est même rejeter par la femme qu'il aime. Parce que, c'est de l'amour... enfin, je suppose.
J'attends la suite.
C'est super cette histoire.
Bises et bon week-end.

Victoria a dit…

Je pense qu'on a tous un ange gardien, là haut au dessus de nous! Même si parfois je me demande pourquoi les meilleurs partent avant les autres...Bises

Anonyme a dit…

Voilà un dénouement habile... bien vu !
mais on sent plein de rebondissements encore possibles..!
Le monde des humains est si proche de celui des anges...
Kiss
(bultici)

Rackham Le Rouge a dit…

Ah, enfin ! Ca prend tournure et on sent de bonnes suites possibles !
Bravo Sco, bien vu et écrit...
Besos
Jack

Anonyme a dit…

Excellent ! Mystère, suspense, imagination débordante. Un thème pour le moins éculé dans lequel tu risquais de sombrer dans le déjà vu. Tu as bien contourné le piège, tu abordes les choses avec sobriété et originalité. Tu prends des risques et tu nous emmènes sur le chemin de ton histoire, pour un voyage agréable, semé d'embuches et d'interrogations. Bravo !

Dame Sco' a dit…

Karleman : bien sûr qu'il y a de l'amour là-dessous encore faut-il que Stella veuille bien avoir un regard lucide sur les évènements, mai ça c'est une autre histoire !
Bonne journée. Bises.

Victoria : j'aime aussi à croire que les anges existent, ce serait sympa qu'ils se manifestent un peu plus souvent d'ailleurs !
Bises ma belle.

Patrick : oui il y a encore des rebondissements à prévoir, les choses ne vont pas s'arrêter là.
Bises du lundi :)

Jack : comme je le disais à Patrick, il y a encore pleins d'éléments à exploiter et je vais m'y employer.
Bises capitaine.

Renaud : merci pour tes compliments, ça me touche beaucoup.
A bientôt. Bises à toi.

ysa a dit…

Oh bein j'étais loin d'imaginer ça !!! bon j'espère que Stella retrouvera vite ses esprits, car finalement, Gabriel était un pourri !!!
Alors.... finalement, c'est Rodolphe qui met les fleurs sur la tombe de Gabriel.... histoire de se faire pardonner ?