dimanche 14 février 2010

Inédit 2 : Psychologie d'une tueuse à gages ...

Depuis le temps que je parcourais le monde pour exécuter mes contrats, personne ne s'était jamais hasardé à m'interroger sur ce que je ressentais à l'idée de supprimer des vies. Quelles idées ? Quels sentiments me traversaient au moment d'appuyer sur la détente, d'enfoncer la lame en un point stratégique, de brandir ma hache au dessus d'une nuque tout bonnement réduite à ma merci ?
Dès mon entrée dans la profession, je ne m'étais jamais ressentie comme quelqu'un ayant une âme noire et prenant plaisir à tuer mes victimes. J'agissais par obligation pour éviter moi-même de me retrouver dans le rôle du cadavre.
Mon premier contrat consistait à supprimer un commerçant de Palerme qui refusait de se plier au racket exercé par Don Roberto sur toute la ville. Ce fut le test. Si j'y parvenais sans sourciller, non seulement on me laisserait en vie mais je pourrais peut-être aussi réussir à me sortir du guêpier familial dans lequel j'évoluais. Pour maîtriser un éventuel dérapage et me surveiller, mon beau-père m'avait faite accompagner par deux de ses sous-fifres. A la nuit tombée, nous attendîmes que l'homme fasse la fermeture de son magasin, un bureau de tabac. Nous l'entraînâmes dans une ruelle sombre. Il avait refusé de payer depuis deux semaines, ce qui consistait en un affront terrible pour Don Roberto. Celui-ci promettait, en échange de sommes d'argent régulières, une protection absolue. En cas de refus, le problème était réglé à la base, il se devait d'éliminer les brebis galeuses.
Je fus chargée de proférer la dernière sommation avant l'exécution. Il persista dans son refus.
Un des hommes de main me remit son 9mm pour que je supprime l'homme. A ce moment là, je fus prise de nausées, la tête me tournait, mes mains tremblaient mais je n'avais pas le choix, c'était le commerçant ou moi. Tant qu'à choisir, je préférais rester en vie. Je n'avais aucune idée de la façon de procéder alors je répétais les gestes que j'avais vu dans les films. Je fis agenouiller l'homme, plaquai le canon contre sa tempe et tirai à bout touchant. Je fus quelque peu éclaboussée sur les mains et sur mon corsage par le sang de ma victime. L'odeur me fit monter la bile jusqu'aux lèvres mais je la ravalai bien vite, tout autant que mes larmes qui menaçaient de déborder.
J'avais donc rempli mon premier contrat. Don Roberto fut fier de moi, je pouvais à présent faire pleinement partie du clan ...
Plus tard, à chaque être humain que je devais faire disparaître, mes mains ne tremblaient plus, elles avaient pris de l'assurance, un peu comme un artisan qui connait son art sur le bout des doigts. Il n'empêchait qu'une sueur froide me parcourait le dos au moment du boum qui abrégeait la vie des inconnus que j'étais chargée de faire passer de l'autre côté.
Alors non je n'éprouvais réellement aucun plaisir à accomplir mon forfait, ni joie aucune même quand j'ai ôté le coeur de la poitrine de Lorenzo. Pour ce dernier, c'était différent, je le haïssais d'avoir tué Daniel, j'avais agi par pure vengeance. Mais pour les autres, à vrai dire, j'avais souvent ressenti de la compassion envers ces personnes qui après tout, ne n'avaient rien fait à moi personnellement. Je tentais à chaque fois de me convaincre que je n'étais pas un monstre et que dans le lot, j'avais bien dû nettoyer la surface de la Terre de quelques pourris, mais pour les autres ... Je devais dire à ma conscience de se taire et de rester bien enfouie au fond de ma tête, sinon je n'aurais jamais pu continuer à me lever le matin et à respirer.
Je donnais la mort par obligation et non par fierté du devoir accompli. Et puis si je ne remplissais pas mes contrats, c'était moi que l'on supprimerait tôt ou tard, j'en savais trop sur certains dossiers...
Que je travaille pour des particuliers ou à la solde de divers gouvernements pour certaines occasions, je me faisais un point d'honneur à ne jamais faire souffrir inutilement mes victimes. Le résultat devait être "propre" et rapide. Je n'étais pas adepte de la torture comme certains de mes collègues. Malgré l'horreur de la situation, je tentais toujours de me montrer la plus humaine possible ...
Voilà le comble de l'ironie pour une tueuse à gage : pratiquer autant que faire se peut, la mort douce ...

11 commentaires:

Victoria a dit…

J'aime beaucoup ce texte, très accrocheur .Bises ma belle

Dame Sco' a dit…

Victoria : tant mieux si ça te plait, je suis contente.
Bises ma jolie.

Charles Magnet a dit…

moi aussi j'aimeeeeeeeeee

et ton nouveau look de blog aussi..

Dame Sco' a dit…

Charles : je suis heureuse d'avoir de tes nouvelles. Alors tu apprécies mes nouveaux murs ? Super !

Maia Luna a dit…

héééé de nouveaux coloris, une apologie pour le métier de tueuse, une âme tendre découverte...
Il ne faut partir trop loin, ni trop longtemps pour s'apercevoir que Sco aime le changement.
Alors ça bosse dur ?
Des biz Sco'

Dame Sco' a dit…

Maia : oui ça bosse dur mais pas autant que je le voudrais ... Toi aussi parait que ça avance pas mal, tu vas finir par publier avant moi dis donc !
Et oui j'avais envie de repeindre les murs, c'était trop blanc à mon goût. Là je trouve que ça aide à mieux cerner la personnalité de votre Sco' chérie et préférée ... héhéhé !!!!!
Biz à toi aussi.

Rackham Le Rouge a dit…

Pfiouu ! Beau texte, ça a de la gueule...^^

et jolies photos Sco !
Besos
Ton pirate !

Dame Sco' a dit…

Jack : voilà un compliment pour le texte qui me fait rudement plaisir et si en plus la déco est à ton goût c'est encore mieux !
Bises capitaine !!!

Virginie a dit…

Il pleut mais je sors quand même !
Le blanc sur le gris, très agréable pour le lecteur et les photos ça fait très classe...
J'aime bien ton texte, comme un préambule à tes aventures, le début de ton histoire et bien raconté, bravo !
Gros bisous et bonne journée !!!!

Virginie a dit…

Elle est belle la méridienne ! J'irais bien m'y allonger moi :)

Dame Sco' a dit…

Virginie : merci de ton passage, ça faisait longtemps que tu n'avais pas commenté. La méridienne a l'air accueillante en effet ... Un petit thé et des chocolats pour aller avec peut-être ?

Bises à toi !