jeudi 29 octobre 2009

Raphaël a des ennuis

Jusqu'à présent, Raphaël n'était jamais entré dans un tel état de colère, tout son être faisait l'objet d'une profonde révolte et encore une fois il s'en voulait d'avoir été aussi crédule quand Lorenzo l'avait aidé à se débarrasser des hommes de Derek. Comprenant aisément l'état de détresse et d'énervement dans lequel il se trouvait, je l'envoyai derechef faire un tour dehors. Raphaël avait bien tenté de s'opposer à moi car il ne voulait pas me laisser seule ne serait-ce que quelques instants, mais voyant ma mine déterminée à le mettre dehors pendant une heure ou deux le temps de faire redescendre la pression, il abdiqua et prît les clés de sa voiture pour aller faire un tour.
A bord de sa Jaguar bleue nuit, Raphaël ne savait pas trop où aller, les idées confuses, il roula au hasard dans les rues de Paris avant de rejoindre l'autoroute. Ses pensées défilaient dans sa tête à mesure que l'aiguille du compteur s'affolait, plus il réfléchissait vite et plus il appuyait sur la pédale d'accélérateur.
En même temps se tuer dans un accident bête n'aiderait pas Sco' dans son entreprise, pensa-t-il en se décidant enfin à appuyer un peu sur le frein pour reprendre une vitesse raisonnable.
J'aurais dû lui régler son compte sur cette maudite plage, si seulement elle m'avait révélé son secret avant, j'aurais pu agir, mais là je suis coincé. Misère, ce que je peux avoir horreur d'être comme un lion en cage. Peut-être que si je contactais une ou deux personnes à mon boulot, je pourrais localiser ce fumier et lui faire avaler son bulletin de naissance avant que Sco' n'aie à se salir les mains elle-même. Je sais très bien qu'elle ne supporterait pas la situation si son mari commettait un meurtre de plus. En même temps, si j'appelle au siège de la CIA, et si je révèle que j'ai supprimé mon supérieur direct, je ne vais pas faire long feu dans la profession. Et puisque Sco' n'est connue dans aucun dossier de Derek, je n'ai aucune preuve pour me disculper car elle ne faisait pas l'objet d'une enquête officielle chez nous... Bref, je suis maintenant un fugitif aux yeux de mon propre pays, et une galère de plus, une !
Le cerveau de Raphaël était en pleine ébullition quand il se résigna à faire demi-tour, il voulait passer chez lui prendre des affaires de rechange avant de partir pour Tel-Aviv.
Appolon habitait un appartement avec terrasse dont la vue donnait sur la Tour Eiffel. Par réflexe, il pénétra chez lui avec précaution, quelquechose lui semblait bizarre et a priori, il ne s'y était pas trompé car quelqu'un avait pénétré chez lui peu de temps auparavant. Un professionnel sans doute car la serrure n'avait pas été abîmée. Son révolver à la main, il fît le tour de toutes les pièces allumant les lumières les unes après les autres. Les tiroirs avaient été retournés, les armoires vidées de leur contenu qui gisait sur le parquet ciré. Un cambrioleur qui entrait proprement dans un logement, ce n'était pas commun, aucun objet de valeur n'avait été volé. Un détail bizarre attira l'attention de Raphaël, son ordinateur était en marche, l'intrus avait tenté de percer sa boîte mail sans succès a priori. Un post-it se trouvait sur le tapis au pied du bureau où se trouvait l'ordinateur, il avait sans doute été mal collé et était retombé sur le sol.
Raphaël put y lire un petit mot fort éloquant.
" Tu seras le dernier sur ma liste, je garde le meilleur pour la fin.
Signé L."

A suivre ...

lundi 26 octobre 2009

Celle qui brisa son secret ...


L'avantage de se poser quelques minutes et d'écouter un morceau de musique ce fût que mes neurones reprirent une activité moins fumante, ils commençaient à fonctionner à nouveau normalement. Alors j'entrevis une possibilité qui m'avait échappé depuis l'après-midi. Et si Lorenzo m'avait tout simplement tendu un piège histoire de m'envoyer là où il ne serait pas, bien entendu, Daniel ne risquait encore rien, il allait s'en prendre à ceux que j'avais envoyés à Tel-Aviv.
Je fis part de mes réflexions à Raphaël qui parut favorable à mon idée.
Afin de vérifier ma petite théorie, je téléphonai à l'éditrice de Daniel, qui n'était autre que son ex-fiancée, laquelle avait été larguée avec pertes et fracas à cause de moi, hum ... Bref, je composai fébrilement le numéro que j'avais trouvé sur le net, je tombai sur une secrétaire qui eut l'amabilité de me la passer tout de suite. Voilà ce que c'était de se faire passer pour la police, on obtenait tout ce que l'on voulait. J'informai donc l'éditrice que j'étais à la recherche de Daniel car il courait vraisemblablement un danger par rapport à un fan détraqué. Forcément, je n'allais pas lui dire que c'était la tueuse à gages qui avait sauvé son ex dans une forêt d'Amérique du Sud qu'elle avait au bout du fil, elle m'aurait raccroché au nez.
"Daniel n'est pas à Londres pour environ trois semaines, il est parti faire la promo de son nouveau livre au Japon. Dès que j'aurai de ses nouvelles, je lui dirai de vous contacter."
Je demandai malgré tout si quelqu'un d'autre s'était enquis auprès d'elle de l'endroit où se trouvait le romancier, mais a priori, j'étais la première à lui soutirer cette information. Selon toute probabilité, la piste de Londres était donc un leurre, Lorenzo avait bien manoeuvré et j'avais failli tomber dans le panneau.
Je me dépêchai de contacter Ysa pour la mettre en garde, il se pourrait qu'elle reçoive une visite inopinée et ce ne serait pas forcément moi qui serais devant sa porte. Premièrement, elle devait dispatcher Charles et Jack à des endroits différents et ne pas les laisser sans protection, ses collègues du Mossad pourraient sans doute lui donner un coup de main. Deuxièmement, Ysa devait aussi faire attention à elle car Lorenzo serait capable de lui faire du mal rien que pour vouloir m'atteindre.
Les choses se compliquaient donc sérieusement car je n'obtiendrais pas deux places d'avion pour Tel-Aviv le lendemain, ah quelle poisse !
Raphaël vînt s'asseoir près de moi dans le canapé, lui aussi paraissait soucieux, la bonne humeur qu'il affichait en jouant du piano, le déserta quand il comprît que Lorenzo pratiquait une stratégie d'usure avec moi.
Apollon plongea son regard dans le mien, quand il emprisonna mes deux mains dans les siennes, je devinai aisément que je ne m'en sortirais pas par une pirouette cette fois. Raphaël voulait savoir ce que Lorenzo avait pu me faire par le passé.
- Raconte-moi tout, souffla-t-il.
- Tu ne vas pas aimer ce que tu vas entendre, après tu voudras l'étriper de tes propres mains.
- Je pense être assez solide pour encaisser ce que tu as à me révéler, peut-être que c'est toi qui n'es pas assez forte pour cela et je peux le comprendre, mais Sco', tu dois te libérer de tout cela. Il faut que tu en parles, je ne veux pas de secret entre nous.
Impossible de résister à ses yeux suppliants, je décidai de crever l'abcès.
- Je me suis mariée avec Lorenzo à l'âge de 20 ans environ, j'étais jeune, belle, insouciante, toute la famille m'avait jusque là caché les activités douteuses qui alimentaient les comptes en banque de tous ceux qui habitaient sous le toit de Don Roberto. Une fois la bague au doigt, Lorenzo m'enrôla dans ses combines suspectes, c'est à cette époque que j'ai subi divers entraînements et que j'ai acquis la pratique du métier qui fait ma renommée aujourd'hui. Ce "travail" ne me plaisait pas mais je n'avais pas le choix, je devais suivre ce que me dictait mon mari et endurer les brimades sans rien dire au risque de me retrouver ficelée à une chaise prête à basculer du haut d'une falaise, les pieds coulés dans un bloc de béton. J'étais prisonnière du système. Au bout d'environ quatre ans de mariage, je suis tombée enceinte, j'en étais très heureuse (j'avais envie d'un bébé comme beaucoup de femmes) et c'était l'occasion pour moi de délaisser les activités familiales pour pouponner. Cependant Lorenzo ne l'entendait pas de cette oreille, il me voulait pour lui tout seul. Un soir, il a piqué une rage folle et s'est mis à me rouer de coups, les traumatismes ont été tellement grands que j'ai perdu l'enfant que j'attendais ...
Je vis alors Raphaël changer d'expression, je ne le connaissais pas avec une tel regard plein de rage, les seules paroles qu'il prononça avant de me serrer dans ses bras furent celles-ci:
- Je t'aiderai à réduire cette ordure à néant, je te le promets.

A suivre...

vendredi 23 octobre 2009

Minute de douceur

Dans la voiture, je tentai désespérément de joindre Daniel sur son téléphone portable mais je n'obtîns que son répondeur. J'en étais déjà à mon huitième message quand je décidai d'abandonner et de changer d'interlocuteur.
Ysa ne me fut pas d'un meilleur secours car elle non plus n'avait pas réussi à le joindre. Le seul élément qui me détendît un peu ce fut de savoir que Charles était dans un vol pour Tel-Aviv et que Jack avait accepté d'amarrer son bateau afin de passer quelques jours chez Ysa lui aussi. En voilà au moins deux qui ne me poseraient pas de problème.
Raphaël suggéra que nous fassions un détour par mon appartement histoire de se rafraîchir un peu et de joindre les compagnies aériennes pour pouvoir se rendre à Londres dès que possible, à moins que prendre le train ne soit plus rapide, il fallait comparer pour voir ce qui nous ferait perdre moins de temps.
Pendant le trajet, je ne décrochai pas une parole, Raphaël me scrutait du coin de l'oeil tout en continuant à regarder la route. Il était fort difficile pour lui de dire quoique ce soit, il ignorait tout de la relation que j'avais pu avoir avec Didou mais il soupçonnait que tout cela n'avait pas été qu'un amourette de trois jours. De mon côté, je refoulais mes larmes autant que possible, je ne voulais pas blesser Raphaël, ressentir une peine si immense pour un autre homme pourrait lui faire du mal inutilement. Je décidai de montrer le moins possible mes états d'âme même si la culpabilité me rongeait à plus d'un titre.
Je ne me rendis compte de notre arrivée seulement au moment où Raphaël coupa le moteur de sa jaguar. Nous étions en bas de mon immeuble.
Apollon vint galament m'ouvrir la portière de la voiture malgré tout il semblait préoccupé, il restait silencieux.
Quand je prénétrai chez moi, j'allai directement sur internet me renseigner pour les vols en partance pour Londres. Ma boîte mail débordait de centaines de messages que je ne pris même pas la peine de vérifier, il fallait que je trouve une place d'avion au plus vite pour maintenir Daniel en vie. Un mort dans mon entourage, c'était déjà un mort de trop.
Raphaël déposa nos bagages dans ma chambre et revint se servir un verre d'eau, en ce qui me concernait, la faim et la soif m'avait désertée depuis la vue du cadavre de Didou.
Trouvant deux places libres pour un vol le lendemain matin, je décidai de réserver les billets par téléphone, c'est alors que j'entendis les premières notes d'une musique qui m'était inconnue, raisonner derrière moi. Raphaël s'était installé à mon piano (auquel je n'avais pas touché depuis la pseudo mort de Lorenzo), peut-être espérait-il me distraire de mes pensées morbides. Je reposai alors le téléphone près de l'ordinateur et me laissai bercer par la tendre mélodie qu'il jouait. Il leva les yeux vers moi et souffla :
- C'est pour toi, j'avais les notes dans la tête depuis un petit moment déjà ... Ca te plait ?
- Beaucoup ... tu n'imagines pas à quel point ...
Raphaël était surprenant à bien des égards mais là il avait réussi à insuffler un peu de douceur dans la peine qui me serrait le coeur. Je réalisai alors que j'avais une chance énorme qu'il soit à mes côtés. J'observai ses longues mains se balader sur le clavier, il jouait avec une aisance déconcertante, il était si beau à regarder avec son petit sourire en coin, il voulait rester près de moi malgré mon humeur de chien et mon passé chargé. Pas de doute ce garçon était fou, givré, ravagé, je ne le méritais pas, j'en étais certaine ...

A suivre ...

mercredi 21 octobre 2009

Malchance


La chance nous fît attérir à l'aéroport CDG, le même où Raphaël avait laissé sa jaguar bleue nuit quand nous étions partis pour Palerme. Combien de temps s'était écoulé depuis ? Je ne saurais le dire avec exactitude, des jours, des semaines sans doute, j'avais perdu la notion du temps de toute façon.
Après avoir rapidement récupéré nos bagages, nous partîmes directement pour le bureau de Didou. Je connaissais les locaux des renseignements généraux comme ma poche, j'entrais toujours dans le bureau de mon beau-frère comme dans un moulin.
A mon arrivée, je ne fus pas surprise de trouver sa grognasse de secrétaire toujours aussi blonde et mal élevée en train de se faire les ongles, bein voyons quel cliché je vous jure !
Je tentai de garder mon calme face au sosie de Marilyn et demandai le plus poliment possible où se trouvait Didou.
" Bein vous voyez bien qu'il est pas dans son bureau, d'ailleurs on l'a pas vu depuis hier ". Voilà tout ce que je pus obtenir de cette barbie désagréable.
Je redescendis bien vite les escaliers pour rejoindre Raphaël qui m'attendait dans la voiture. J'avais la mine déconfite.
- Qu'y a-t-il Sco' ?
- Ils ne l'ont pas vu depuis hier, je n'aime pas ça, soufflai-je les dents serrées.
Allons jusqu'à chez lui tu veux bien ?
Raphaël opina et démarra en trombe pour nous rendre dans le Ve arrondissement de Paris jusqu'à l'appartement de mon beau-frère. Je lui indiquai le chemin cependant j'étais incapable de tenir une conversation histoire de passer le temps dans les embouteillages, mon mauvais présentiment ne faisait que se renforcer avec les minutes qui s'égrenaient lentement. Enfin nous atteignîmes au bout d'une heure la rue du Cardinal Lemoine où se trouvait son petit deux pièces. Je désactivai la sécurité de mon révolver avant de pénétrer dans le petit immeuble de quatre étages sans ascenseur. Raphaël était sur mes talons, je pouvais presque sentir la chaleur de son corps tellement il marchait près de moi. L'appartement se trouvait au 3e étage. La cage d'escalier était silencieuse, quoi de plus naturel en plein milieu de l'après-midi ? Même pas le son d'un poste de télévision à quoi se raccrocher, misère, tout cela devenait fort déplaisant.
Je frappai à la porte de Didou. Pas de réponse.
S'il n'était pas à son travail, ni chez lui, peut-être était-il sorti ? Tout cela ne lui ressemblait pourtant pas. Je me tournai vers Raphaël, comprenant mon inquiétude, il me fit signe de m'écarter pour lui permettre de faire sauter la vieille serrure avec l'extincteur qui se trouvait sur le palier. Au bout de trois tentatives, la porte céda enfin. Nous pénétrâmes dans l'appartement.
Rien dans la cuisine, rien dans la chambre mais quand j'entrai dans la pièce à vivre, j'en fus estomaquée.
Didou gisait assis sur son canapé, il baignait dans une mare de sang, je vis nettement un trou dans sa tempe droite. Son corps était encore tiède, ses traits tordus par la surprise lui donnaient un rictus épouvantable. Je n'avais jamais imaginé le trouver mort un jour.
Les larmes me montèrent immédiatement aux yeux, j'étais arrivée trop tard. Raphaël me fît signe de ne pas nous attarder sur place, il m'attrapa par la manche et m'entraîna vers la sortie quand je vis un petit mot placé près du téléphone. Je m'en emparai immédiatement pour le lire.
"Ma chérie, tu vois j'ai été plus rapide que toi. Ne t'appitoye pas sur le sort de mon frère, il n'a eu que ce qu'il méritait.
Avec tout mon amour. Lorenzo.
PS : Si tu me cherches, je suis à Londres ..."

Je fulminais, si je l'avais eu face à moi, je l'aurais réduit en bouillie. Je tendis le mot à Raphaël qui après l'avoir lu me lança un regard plein de compassion et d'effroi à l'idée que j'ai pu vivre avec un monstre pareil. Apollon se demandait quels autres supplices mon mari avait-il bien pu me faire endurer quand je mîs fin à ses réflexions.
- Nom d'un chien ! Il va aller régler le compte de Daniel, nous devons filer et vite, il n'y a pas de temps à perdre !
Raphaël et moi décampâmes en vitesse laissant la porte d'entrée ouverte. Des voisins s'apercevraient de l'effraction et appelleraient les secours.
Dans la panique, je descendis l'escalier de l'immeuble à la vitesse de l'éclair et loupai une marche, c'est ainsi que je dévalai tout un étage. Malgré tout ma tête me fît moins mal que ma mauvaise conscience, si seulement j'avais eu le courage de tuer Lorenzo sur la plage, il n'aurait pas fait de mal à Didou.
Je me sentais misérable et ce ne furent pas les paroles réconfortantes de Raphaël qui changèrent le malaise qui m'avait gagnée.

A suivre ...

dimanche 18 octobre 2009

Celle qui se posait trop de questions ...


Une quinzaine d'heures plus tard dans un avion, au-dessus de l'Océan Atlantique ...
J'étais confortablement installée dans mon siège en première classe et je pensais à la conversation téléphonique que je venais d'avoir avec Ysa quelques minutes plus tôt.
- Quoi ? Ton mari est vivant ? Mais c'est une blague !
En effet, Ysa avait failli manger la kippa de Jules en apprenant la nouvelle.
- Je voudrais bien plaisanter mais ce n'est pas le cas et ce n'est pas tout, je suis aussi tombée dans un traquenard fomenté par Derek, il avait comme qui dirait embauché Raphaël pour me tuer.
- Euh ... Là attends il faut que je m'asseois !
J'entendis en bruit de fond qu'Ysa tirait une chaise derrière elle pour s'y poser.
- Ne t'en fais pas, le cas de Derek est réglé, Raphaël s'en est chargé.
- Attends je ne comprends plus rien, il était censé te tuer et après il te sauve la vie, mais c'est du délire ton histoire.
- Pas si délirant que ça quand on connait tous les tenants et les aboutissants de la chose mais je n'ai pas le temps matériel de te résumer l'épisode maintenant.
Je voudrais que tu me rendes service et là c'est un gros service que je te demande.
- Vas-y, je t'écoute.
- Bien, Lorenzo a mis sur une liste noire tous les messieurs qui m'ont approché de près ou de loin et compte bien les éliminer les uns après les autres. Je voudrais que tu convainques Jack et Charles de venir se mettre sous ta protection à Tel-Aviv car je ne suis pas en mesure d'assurer la sécurité de cinq hommes éparpillés sur la planète. Une fois que j'aurai localiser Lorenzo tout danger sera écarté ... enfin j'espère ...
- Cinq ? C'est qui le 5e ?
- D'après toi ... tu fais partie du Mossad oui ou non ? Tu ne devrais pas avoir trop de mal à deviner de qui il s'agit.
- Alors Raphaël est aussi passé à la casserole ! ah ah ah !
- Oui bein il l'a bien voulu et puis l'heure n'est pas au badinage.
- Donc tu t'occupes de Didou et de Daniel ... Et au fait, ils savent pour leur père et leur jumeau respectif ?
- Pas encore et c'est là que ça se gâte, donc je te laisse la partie la plus facile dans l'affaire.
- Merci Sco', c'est trop d'honneur, fallait pas ... hum !
- Là je fonce à Paris car je pense que Didou est le premier sur la liste de Lorenzo. Si Charles ou toi avez des nouvelles de Daniel, insistez pour qu'il vous rejoigne à Tel-Aviv quitte à lui mettre un révolver sur la tempe pour qu'il vous suive, je m'en voudrais s'il lui arrivait quelquechose.
- Dis donc la miss, t'es une drôle de bonne femme, tu batifoles avec Raphaël et tu t'inquiètes pour les quatre autres que tu as laissés sur le carreau, j'ai du mal à te suivre, enfin comme d'habitude, ta logique en matière de relations amoureuses m'échappe.
- Peu importe, c'est compliqué dans ma tête aussi, alors tu me psychanalyseras une autre fois, je dois te laisser, l'hôtesse a l'air de trouver que je dérange les autres passagers avec ma conversation.
- Ok à plus tard, je fais au mieux, et laisse ton portable allumé à la sortie de l'avion, j'aurai sûrement besoin de te joindre. Euh ... une dernière question malgré tout. Il a beaucoup changé ton mari en cinq ans ?
- En aucune façon malheureusement ...
- Oh ! D'accord ... tu vas lui régler son compte ?
- Il y a des chances que ça lui arrive en effet. Aller je dois raccrocher.
- Ok à plus tard ma belle.

Raphaël n'avait pas perdu une miette de la conversation, et je voyais bien que mon esprit chevaleresque envers mes "hommes" avait de quoi lui taper sur le système. Je parvenais à lire sur son visage qu'il se demandait s'il serait un énième numéro sur mon tableau de chasse ou s'il parviendrait à ce que la liste de mes amants s'arrête sur son prénom. Je m'en voulais d'avoir un passé si tumultueux, si dangereux pour ceux que j'approchais. J'avais envie d'un avenir limpide, pourtant mes vieux démons s'accrochaient à mes basques.
Malgré tout, l'idée de rendre Apollon malheureux me tordait l'estomac, plus qu'aucun autre auparavant, je ne voulais le faire souffrir Lui à cause des mes indécisions, de mon manque de confiance envers le genre masculin. Qu'avait-il donc de si différent des autres pour que je m'arrête sur ses états d'âme, sur la peine que je pourrais lui procurer par une parole ou un acte involontaire ?
J'essayais de me remettre les idées en place en me disant intérieurement :
"Sco', ma vieille, tu te ramollis comme une guimauve, les histoires à l'eau de rose ne font pas bon ménage avec ton métier, mais enfin qu'est-ce que tu cherches à te mettre en péril comme ça pour les beaux yeux d'un mec qui devait t'éliminer et aussi pour les quatre zouaves qui ne pensent peut-être même pas à toi à l'heure qu'il est ? Tu es complètement ravagée ma pauvre fille, ta générosité te tuera ... et ton besoin de te faire aimer pour ce que tu es te tuera encore plus !! "
A la réflexion, l'examen de conscience n'était pas terrible, j'aurais mieux fait de m'abstenir. Raphaël posa sa main sur la mienne et me sortît de ma rêverie.
Il me gratifia de son sourire en coin qui me faisait craquer à chaque fois, misère ce n'était pas possible d'être beau comme ça, à la limite de l'inhumain, de l'irréel. Comment parvenait-il à faire danser les flammes du désir dans mes yeux chaque fois que j'avais le malheur de croiser son regard ?? Il me mettait toujours dans un état second et je m'agaçai moi-même de perdre le contrôle de mes pensées si facilement en sa présence.
- Arrête de te torturer comme ça Sco', me lança-t-il.
- Pardon ?
- Je sais très bien que tu te préoccupes de ce que je pense à propos du fait que tu voles au secours de tes "bons amis".
- Ah ... 
- Alors arrête de te triturer le cerveau, ça n'en vaut pas la peine. Je pars du principe que tu vas sauver des vies, le reste n'a pas d'importance pour l'instant. Si tu dois faire des choix, tu les feras tranquillement quand la situation de danger sera passée.
- Je n'ai pas l'habitude de croiser des hommes magnanimes dans ton genre, c'est une première ... Ton calme face à une telle situation me surprend, as-tu compris que tu risques ta vie comme les autres ?
- Ne t'inquiète pas, j'ai moi aussi fait le tour du problème, je sais à quoi m'attendre et il n'est pas question que je t'abandonne ... Jamais tu m'entends !
- Tu tombes dans le rôle du st bernard maintenant ?!
- Non je sais très bien que tu peux rondement mener cette affaire toute seule ...
- Mais ?
- Je ne veux pas qu'il t'arrive malheur, je tiens trop à toi donc je ne te quitterai pas d'une semelle, compris ?
- A priori, cette requête m'a tout l'air d'être non négociable.
- En effet, elle ne l'est pas.
Je fronçai les sourcils par réflexe puis me ravisai en haussant les épaules, je ne voulais pas me disputer avec lui, au moins s'il restait près de moi, je pourrais plus facilement le protéger de Lorenzo.
- C'est bon, j'abdique, de toute manière, je ne sais pas comment lutter contre toi et ton mystérieux pouvoir de persuasion.
- Fabuleux, comme ça c'est réglé, alors tranquilise-toi, nous sommes deux dans cette affaire.
Sur ce, avec une expression satisafaite, il approcha son visage du mien et m'empêcha de répliquer quoi que ce soit en me volant un baiser.

A suivre ...

vendredi 16 octobre 2009

Celle qui trainait un passé douloureux


Bon sang, je l'avais loupé, voilà une faiblesse que je n'étais pas prête de me pardonner. Je haïssais Lorenzo mais à l'heure actuelle, tergiverser à son sujet représentait une perte de temps beaucoup trop précieuse. Je devais "Tous" les prévenir car leurs vies étaient en danger, je savais au tréfond de moi-même que cet imbécile ne plaisantait pas. Il ne plaisantait jamais et c'était d'ailleurs pour cela que mes années de mariage ne me rappelaient pas que d'excellents souvenirs.
J'avais oublié combien cette façon de toujours me rabaisser avait le don de me faire sortir de mes gonds, combien de fois avait-t-il pu prononcer mon prénom en y ajoutant des adjectifs peu flatteurs voire humiliants ? C'était sans doute pour cela que je ne voulais plus qu'on m'appelle autrement que par mon pseudo.
Raphaël m'avait rejoint sur la plage, il prit mon visage défait et furibond entre ses paumes, je fixai alors son regard emprunt de douleur, torturé comme jamais.
- Qu'y a-t-il ? osai-je timidement.
- Je m'en veux si tu savais ... Je t'ai littéralement jetée dans la gueule du loup, j'ai bien vu comment il te regardait, il n'a aucun amour pour toi, tu es un objet à ses yeux ... cet homme est un monstre ... J'aurais dû l'achever tout à l'heure dans la maison même si j'ignorais si tu voulais encore de lui ou pas ... Si seulement j'avais su qui c'était et puis ton expression en le voyant, ça m'a rendu malade.
Je tressaillis d'un coup, le spectre des mauvais jours était de retour, ce que j'avais essayé d'enfouir très loin, remontait brusquement à la surface.
- Que t'a-t-il fait Sco' ? De quoi s'est-il rendu coupable envers toi pour que tu n'aies plus confiance en aucun homme ?
- Je ne peux pas en parler, pas maintenant, c'est trop difficile, trop douloureux.
- J'en étais sûr ! Je vais le tuer de mes propres mains, s'il t'a fait du mal, il en payera le prix.
- Non Raphaël, cette fois ce travail n'est pas pour toi, c'est à moi de m'en charger, j'avais malheureusement cru que le destin s'était occupé de lui à ma place ... mais tôt ou tard, je l'aurais tué car il ne m'aurait jamais laissée reprendre ma liberté. Pour l'instant, je me dois de prévenir tous ceux qui sont susceptibles d'être en danger, Lorenzo met toujours ses menaces à exécution, il ne se fait pas appeler le "tortionnaire" pour rien tu sais.
- Voilà tout un programme, on commence par quoi alors ?
- Déjà je vais contacter Ysa pour voir avec elle si elle peut mettre Charles et Jack à l'abri. Après, je devrai prévenir moi-même Didou et Daniel, là ce sera une autre paire de manches car il n'y a pas que le retour de Lorenzo à leur expliquer.
- Crois-tu que ton mari irait jusqu'à tuer son frère ? hasarda Raphaël.
- Sache que Lorenzo n'a aucune limite et c'est sans doute par Didou qu'il commencera sa liste noire et il voudra la terminer par ... Toi.
Mais je ne le laisserai pas toucher à un de tes cheveux, je te le promets.
- Sco', tu n'aurais pas tendance à inverser les rôles ? C'est moi qui suis censé te protéger après tout ! s'esclaffa-t-il.
- Tu sais dans ma vie, il n'y a rien de conventionnel alors je ne suis pas à un détail prêt. Bon, je crois qu'il est temps de quitter cette île de malheur, je devrais la revendre, ce n'est pas le meilleur achat que j'ai effectué jusqu'à maintenant, dis-je avec un faible sourire.
Raphaël me serra très fort dans ses bras, nous savions tous deux que des heures sombres nous attendaient et que peut-être aucun de nous n'en réchapperait ...

A suivre ...

mardi 13 octobre 2009

Jusqu'à ce que mort s'ensuive ...


Revenant de sa surprise, Lorenzo me suivît sur la plage.
Raphaël resta sur la terrasse pour nous surveiller de loin au cas où il lui aurait fallu intervenir d'une manière quelconque. La situation ne lui plaisait d'ailleurs pas beaucoup, il avait été bien loin d'imaginer que mon mari pourrait refaire surface un jour. Logiquement les morts ne ressuscitent pas, enfin logiquement ... La peur de me voir disparaître avec un autre lui serrait le coeur et lui broyait l'estomac, la lutte était inégale, l'ennemi l'avait trompé sous un visage affable, il avait fait rentrer son principal rival par la grande porte. La rage commençait à étouffer Apollon qui s'en voulait terriblement, comment avait-il pu être aussi naïf ? Ce n'était pas d'une aide providentielle dont il avait bénéficié la veille au soir pour venir me sauver, non, c'était bien plus que cela. Lorenzo avait secrètement espéré que Raphaël ne ressortirait pas vivant de la jungle en misant tout sur le fait que j'arriverais à m'en sortir seule sans un bobo.
Honnêtement, pour un fantôme, Lorenzo avait parfaitement orchestré son retour. La seule chose qu'il n'avait pas prévue c'était que je ne l'attendais pas comme le messie.
Mon sicilien de mari me rattrapa assez vite, d'ailleurs je n'avais pas envie de courir, autant lui faire face et que j'obtienne des réponses rapidement.
- Ma chérie, tu m'as fait mal, dit-il en se frottant la joue.
Je dois dire que j'étais assez fière de moi - j'avais laissé l'emprunte d'une belle marque sur sa peau dorée - ça lui apprendrait à me parler mieux que ça.
- M'en fiche ! Je peux savoir ce que tu fais dans le monde des vivants ?
- C'est une longue histoire tu sais.
- J'ai tout mon temps.
Je croisai les bras, la colère habitait mon visage.
- Pour tout te dire, je ne suis jamais resté très loin de toi pendant ses 5 dernières années, j'ai même pu apprécier ton travail. Tu ne te débrouilles pas aussi bien que moi mais tu fais tout de même du bon boulot.
- Arrête de me passer de la pommade, viens-en aux faits !
Lorenzo poussa un grand soupir, fronça les sourcils mais daigna poursuivre.
- Ok, si tu y tiens, je me suis fait passer pour mort car je ne voulais pas prendre la succession de mon père et tomber dans ses petits trafics, je n'ai pas l'âme d'un parrain et j'ai pris la fuite. Voilà t'es contente ?
- Résumons tu m'as abandonnée moi, ta femme, au lieu d'affronter ton père et de lui dire que ses ambitions n'étaient pas les tiennes. Mais tu es un égoïste de la pire espèce !
- J'ai voulu te contacter plus d'une fois mais c'était trop dangereux et les choses sont différentes maintenant que tu lui as réglé son compte, on peut reprendre notre vie d'avant.
- Pardon, j'ai dû mal comprendre, tu peux répéter ?
- Bein oui on est toujours mariés non ?! Tu dois reprendre la vie commune avec ton mari, c'est la loi, c'est logique.
Je prîs une profonde inspiration avant de lui décocher mon poing dans la figure. Raphaël s'apprêtait à venir me donner un coup de main quand je lui fîs signe de rester là où il était.
- Mon ptit vieux, pour moi, tu es mort et enterré depuis 5 ans, je n'ai pas l'intention de te reprendre, non mais tu rêves ! Si tu veux jouer sur la loi, je contacterai mon avocat pour qu'il te transmette les papiers du divorce.
- Et si je refuse ? se moqua-t-il.
Lorenzo se tenait la mâchoire, sa lèvre inférieure saignait.
- Ce sera très simple, je te tue, là au moins je serai définitivement veuve, suis-je claire ?? dis-je en serrant les poings.
- Tu ne le feras pas.
- Où que tu sois, je te traquerai, sois-en certain. Maintenant retourne dans ton cercueil, répliquai-je en désignant le petit bateau à moteur avec lequel il était venu. Je ne veux plus te voir !
- On se reverra ma chère épouse, je n'ai pas l'intention de te lâcher comme ça, tu m'appartiens.
Je dégainai alors mon silencieux et le pointai sur son coeur.
- Dégage d'ici Lorenzo ou bien tu peux faire ta prière.
Il recula en levant les deux mains devant lui.
- Parfait tu gagnes cette manche mais tu me reviendras quand j'aurais liquidé tous tes jules.
- Dans tes rêves, je te déteste pour le restant de ma vie, tu es une ordure encore pire que l'était ton père. Je préfèrerais me suicider plutôt que de retourner vivre avec toi.
Il éclata de rire et fila jusqu'à son bateau sachant pertinemment que je ne le tuerais pas sur l'instant. De loin il lança sur un ton narquois :
- Mais ma chérie, tu resteras ma femme jusqu'à ce que la mort nous sépare ...
Dommage, j'étais trop loin pour lui flanquer une balle entre les deux yeux, alors je visai le moteur, au moins, il coulerait peut-être avec les requins !


A suivre ...